EDITO – Komplexfreies Frankreich!

Cocoricoooo… La France devance l’Allemagne ! Le 4 juin, les résultats du baromètre EY de l’attractivité des pays européens aux yeux des investisseurs internationaux ont été largement commentés des deux côtés du Rhin. Peu d’observateurs s’attendaient à ce que la France détrône l’Allemagne si souvent présentée, à tort ou à raison, comme un modèle… Le nombre d’investissements réalisés par des sociétés étrangères en France en 2018 a légèrement progressé (1027 projets, +1%) dans un contexte global de baisse des investissements en Europe (- 4%, 6 356 projets). Finis les complexes ! La France dépasse l’Allemagne (973 projets, -13%, en recul pour la première fois depuis 2005) et talonne le Royaume-Uni (1054) dans le Top 3 des pays européens les plus attractifs. Avec 339 projets (dont 80% d’extensions de sites), elle est la première destination pour les investissement industriels devant la Turquie (203) et l’Allemagne (152). Elle se hisse même au 1er rang européen pour l’accueil des centres de R&D : 144 projets d’implantation, soit plus que l’Allemagne (64) et le Royaume-Uni (74) réunis. Equipements, chimie, agroalimentaire et électronique sont les secteurs les plus dynamiques, à l’inverse des services et du numérique.

Wichtigstes Gastland für die Industrie sowie Forschung und Entwicklung

Ni les gilets jaunes, ni le ralentissement de la croissance ne semblent avoir terni l’image de l’Hexagone (précisons que les 203 décideurs internationaux du baromètre ont été interrogés du 9 au 25 janvier 2019, ndlr). En mai, le cabinet américain A.T. Kearney a même placé la France parmi les 5 destinations les plus attractives au monde, derrière les USA, l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni. Réformes en cours (code du travail et fiscalité), cadre attractif pour développer des activités de R&D, écosystème « frenchtech » vertueux, creuset de talents… La France possède de nombreux atouts auxquels les investisseurs ne sont pas insensibles. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, l’économie française crée de nouveau de l’emploi. L’Insee anticipe la création de 241 000 emplois d’ici fin 2019 avec un taux de chômage ramené à 8,3%, contre 8,8% fin 2018. Qui plus est, la relative faible ouverture de l’économie française au marché mondial pourrait lui permettre de mieux résister aux conséquences de la guerre commerciale que l’économie allemande, fortement exportatrice. En Allemagne, le climat des affaires a atteint fin juin son plus bas niveau depuis novembre 2014 (Institut Ifo).

Avec 1027 projets annoncés en 2018, la France (2e), dépasse l’Allemagne (3e, 973 projets, -13 %) et talonne le Royaume-Uni (1er, 1054 projets, -13 %).
Crédit : 2019 Ernst & Young Advisory

Seit 10 Jahren mangelnde Investitionen in strategischen Bereichen

Mais ce regain d’attractivité de l’économie française est à relativiser. Depuis 2009, le pays souffre d’un manque d’investissements dans les secteurs clés. Dans le digital, le cumul sur 10 ans est défavorable au site France : seulement 860 investissements, contre 1142 en Allemagne et 1971 au Royaume-Uni. Une autre lecture du dernier baromètre EY décrit une réalité encore plus contrastée. Seuls 30% (contre 55% en 2017) des décideurs internationaux interrogés estiment que l’attractivité de la France va s’améliorer dans les trois prochaines années. Ils ne sont plus que 19% des dirigeants (contre 24% en 2017) à envisager un investissement en France cette année. L’euphorie de l’ »effet Macron » est bien retombée. Et si l’on s’intéresse à l’attractivité française à l’aune de sa capacité à attirer les jeunes talents de demain (étudiants, startupers), la France décroche. Elle est sortie du Top 10 du Startup Ecosystem Rankings 2019, publié en mai par l’influent StartupBlink (le trio de tête est composé des Etats-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël, l’Allemagne est 7e).

Autre réalité, les universités françaises perdent de leur influence. Pour la première fois depuis 15 ans, aucun établissement français ne figure dans le « top 50 mondial » des meilleures universités du cabinet de conseil britannique Quacquarelli Symonds. La première université, Paris PSL (Paris Sciences & Lettres), pointe à la 53e place… Décomplexée, la France est au milieu du gué.

Par Sylvain Etaix,
Fondateur d’Acteurs du franco-allemand