Europäische Industrie Paris und Berlin in der Offensive

Le 19 février à Berlin, les deux Ministres de l’Économie, Peter Altmaier et Bruno Le Maire, ont présenté leur feuille de route commune via un Manifeste franco-allemand.
Crédit : A.S. Minefi

Et si Bruxelles avait finalement rendu service à l’industrie européenne ? Piqués au vif par le veto de la Commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, à la fusion entre Siemens Mobility et Alstom, Paris et Berlin passent à l’action et proposent un début de stratégie industrielle européenne. Objectif : sauver ce qui peut encore l’être et faire émerger des champions européens dans des secteurs dits stratégiques (intelligence artificielle, défense, stockage des données, véhicule autonome…) face à la concurrence chinoise et américaine. Car le constat est implacable : parmi les 40 plus grandes entreprises mondiales, seules cinq sont européennes.

Paradigmenwechsel

Depuis plusieurs mois, Peter Altmaier et Bruno Le Maire s’affairent pour préparer leur plan d’action. Le 19 février à Berlin, les deux Ministres de l’Économie ont présenté leur feuille de route commune via un Manifeste franco-allemand (de 4 pages) « pour une politique industrielle du XXIe siècle ». Le calendrier est serré : Paris et Berlin veulent obtenir le feu vert de Bruxelles sur leur stratégie commune, avant les élections européennes de mai pour faire en sorte qu’elle soit « une priorité majeure pour la prochaine Commission européenne ». Comme l’a souligné, Bruno Le Maire, cette initiative n’est pas uniquement franco-allemande. Elle sera « proposée à nos partenaires européens ». Le 22 février, la Pologne a officiellement rejoint l’initiative.

Drei Schlüsselideen

1 Investir massivement dans l’innovation afin de réduire la dépendance aux acteurs étrangers dans les secteurs d’avenir. Première application : les batteries. Emmanuel Macron vient d’annoncer un plan de 700 millions d’euros pour localiser la chaîne de valeur en France et en Europe. Ensemble, la France et l’Allemagne (qui a annoncé un plan d’un milliard) ambitionnent de développer une filière européenne de production de cellules de batteries électriques et réduire ainsi la dépendance asiatique, la Chine étant le principal fournisseur de cette technologie. Deux usines de production de batteries verront le jour en France (Sochaux s’est déjà portée candidate) et en Allemagne. Les noms des industriels participants au consortium restent pour l’heure secrets tant que Bruxelles n’aura pas apporté son soutien au projet.

2 Changer les règles du jeu de la concurrence en Europe qui datent de 2004. Plusieurs options sont envisagées. La principale : les pays membres pourraient, « sous réserve de conditions strictes et dans des cas bien définis », contester des décisions de la Commission en matière de fusions-acquisitions. Ce serait donc un changement de paradigme.

3 Une meilleure protection des technologies européennes via des procédures de contrôle accentuées sur les investissements étrangers en Europe. Paris et Berlin qui ont déjà pris des mesures pour protéger leurs fleurons des OPA « hostiles » encouragent leurs partenaires européens à faire de même. Le 5 février, Peter Altmaier a présenté son plan stratégique « Nationalen Industriestrategie 2030 ». « L’Allemagne envisage des prises de participation temporaires par l’État dans des entreprises, pas pour les nationaliser ni pour les diriger sur le long terme mais pour empêcher des technologies stratégiques d’être vendues et de partir à l’étranger » a souligné le ministre allemand.
Plus généralement, la réciprocité sur les marchés publics avec les pays tiers, la défense du multilatéralisme et la promotion d’une politique commerciale ambitieuse de l’UE font également partie des objectifs du Manifeste.

« Wir brauchen in Deutschland und Europa eine wettbewerbsfähige, innovative und umweltschonende Batteriezellenproduktion. Batteriezellen werden in Zukunft einen großen Anteil der Wertschöpfung in der Automobilindustrie darstellen – daran müssen wir unbedingt teilhabe. » Peter Altmaier