« C’est le moment de faire du grand franco-allemand, pas du blabla ! »

Patrick Artus et Marcel Fratzscher figurent parmi les économistes les plus influents du moment. Tous deux conseillent les gouvernements français et allemands. Interview croisée

A gauche : Economiste en chef de Natixis, Patrick Ar tus conseille de nombreux grands groupes du CAC 40, dont il est membre du conseil d’administration, ainsi que le gouvernement français. Selon lui, le franco-allemand doit être le moteur du futur plan de relance de l’industrie européenne postcrise Covid 19.
Crédit : ©Natixis
A droite : Marcel Fratzscher est président de l’institut berlinois de recherches économiques (DIW). Il plaide en faveur d’une plus grande intégration économique et d’une plus grande solidarité envers les pays les plus sévèrement touchés par la crise.
Crédit : © DIW Berlin/ B.Dietl

Les plans d’urgences et les stratégies actuelles de déconfinement permettront-ils de maintenir en vie l’économie en France et en Allemagne ?

Patrick Artus : Depuis le début de la crise, les gouvernements ont fait ce qu’il fallait faire. La stratégie a été la même en France et en Allemagne : l’Etat compense la perte de production nationale et maintient autant que possible les revenus des ménages et des entreprises via des baisses d’impôts, des garanties sur les crédits par les banques publiques (bpifrance et kfw), des subventions aux secteurs en difficulté et les mesures de chômage partiel. La garantie des crédits est de 70 à 90% suivant la taille des entreprises en France. Elle est de 100% en Allemagne, à la demande des Sparkassen, ce qui est révélateur de la fragilité du système bancaire allemand d’avant-crise. Le kurzarbeit est ancré dans les habitudes des entreprises allemandes qui l’ont beaucoup utilisé lors de la crise de 2008-2009. La France est en train de le découvrir avec à date (28 avril, ndlr) 10,2 millions d’actifs en chômage partiel, soit près d’un salarié sur deux, auquel il faut ajouter 3,5 millions de personnes en arrêt maladie. Dans les deux pays, l’augmentation des déficits publics est pratiquement égale à la baisse du PIB national. Il ne devrait donc pas y avoir de catastrophes, ni en terme de faillites, ni en terme de pertes d’emplois.

Marcel Fratzscher : Beide Länder haben viel getan, um ihre Wirtschaft zu stützen. Der Schlüssel liegt in dem Schutz der Beschäftigung und in der Rettung vor Insolvenz. Es sind zwei Dimensionen, die in der akuten Phase der Krise extrem wichtig sind. Deutschland hat sehr entschieden gehandelt, die Bundesregierung hat riesige Programme aufgelegt mit vielen Kreditgarantien, das ist der größte Teil, aber auch mit direkten Transfers für Kleinunternehmen in einzelnen Branchen. Beim Mittelstand gab es am Anfang einige Schwierigkeiten bei der Kreditvergabe, mittlerweile funktioniert das gut, es wurde nochmals nachgebessert. Seit Anfang April übernimmt die Bundesregierung 100 % des Ausfallrisikos, so dass die Banken dabei komplett geschützt sind. Das heißt nicht, dass jedes Unternehmen einen Kredit bekommt, aber das ist schon sehr gut. Am 23. April hat sich die Koalition auf weitere Maßnahmen geeinigt, unter anderem die Senkung der Mehrwertsteuer im Gastronomiebereich von 19 % auf 7 % ab dem 1. Juli, befristet bis zum 30. Juni 2021. Insgesamt bin ich schon sehr beeindruckt von der Geschwindigkeit der Maßnahmen…

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