Deutsch-französische Zusammenarbeit im Zeichen der Kühnheit

Organisé par Villafrance le 24 septembre, le Congrès des dirigeants de filiales françaises en Allemagne et des dirigeants de filiales allemandes en France s’est tenu pour la première fois en version digitale. Le thème : l’audace. Une centaine de dirigeants a assisté à cette édition organisée par Dominique Cherpin et ses équipes. Anne- Marie-Descôtes, Ambassadrice de France à Berlin a souligné l’audace du plan de relance européen « impulsé par la France et l’Allemagne » qui préfigure l’«amorce d’une politique européenne commune ». Désormais, l’enjeu et « notre responsabilité est que cet accord soit mené à son terme et soit surtout mis en oeuvre pour garantir la stabilité du marché unique ». Ce plan de relance de 750 Mds d’euros n’a de sens « que si l’on va jusqu’au bout et que l’on décaisse cet argent dans les deux ans qui viennent ».

Transition écologique, soutien aux entreprises, emploi des jeunes, investissement dans les domaines d’avenir : Hydrogène, IA, calcul quantique… Pour l’Ambassadrice, le plan de relance français de 100 Mds, dont 40 Mds du plan de relance européen, « s’inscrit dans la continuité des réformes fiscales et sociales mises en oeuvre depuis 2017 ». « Avant la crise sanitaire, la France était le premier pays européen en terme d’accueil des IDE. Ces réformes ont porté leurs fruits, la France a regagné en attractivité. Nous devons poursuivre les efforts engagés pour renforcer la compétitivité de l’économie française ».

Europäische Souveränität: Frankreich und Deutschland müssen Ihre Maßnahmen verstärken

« Nous devons absolument tout faire pour rester dans la compétition technologique mondiale et intensifier les actions en commun avec l’Allemagne » insiste l’Ambassadrice. « Cela vaut dans le domaine des batteries électriques, des microprocesseurs, des équipements télécom, ou encore du calcul quantique, mais également pour le secteur de la santé. La crise sanitaire a révélé notre dépendance. L’Europe doit relocaliser les chaines de valeur ». Anne-Marie Descôtes se réjouit de voir la présidence allemande de l’UE depuis le 1er juillet, défendre ardemment la souveraineté européenne : « Europa wieder stark machen ». « La France soutient pleinement les priorités fixées par la présidence allemande » affirme-t-elle. « L’excellence des relations franco-allemandes constitue le fondement des convergences au niveau européen. Cela ne veut pas dire que l’Europe se réduit au franco-allemand, mais que le moteur franco-allemand est essentiel pour la crédibilité de l’Europe sur la scène mondiale ».
En matière de coopération, la diplomate souligne « l’utilité sur les sujets majeurs » de l’Assemblée Parlementaire franco-allemande, « qui accompagne l’action des gouvernements sur la durée ». Sur le plan économique, l’Allemagne reste le partenaire principal de la France : « les entreprises françaises emploient 350 000 personnes outre-Rhin et les entreprises allemandes ont choisi la France comme première destination de leurs investissements en 2019… Selon Businessfrance, beaucoup d’entreprises françaises veulent se développer en Allemagne, c’est un bon signe et nous devons attirer davantage d’investisseurs allemands en France ». Avec la crise sanitaire, beaucoup d’entreprises sont en difficulté. D’autres ont des réserves. En mettant leurs forces ensemble, certaines entreprises françaises et allemandes peuvent sortir de cette passe difficile. Et l’Ambassadrice de citer l’exemple de Delfingen « qui vient de reprendre des sites de Schlemmer et a ainsi pu préserver des emplois en Allemagne ».
En résumé, le plan de relance européen, doit être l’opportunité de développer des projets communs, avec des investissements nationaux et européens autour d’une véritable politique industrielle européenne. « La crise sanitaire est aussi l’occasion pour l’Europe de revoir les règles de la concurrence et d’avancer sur des projets franco-allemands concrets comme les batteries électriques. À Brégançon, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont identifié trois secteurs prioritaires de coopération : le numérique, l’hydrogène et le spatial ». A plus court terme, « l’objectif pour nous tous », selon l’Ambassadrice, « est de retrouver le sens du monde et le goût de l’avenir ».

« Am 20. August haben Angela Merkel und Emmanuel Macron in Brégançon drei Schwerpunktbereiche der Zusammenarbeit identifiziert: Digital, Wasserstoff und Raumfahrt »

Pour l’économiste Patrick Artus, le plan de relance européen va dans le bon sens, mais, au-delà de la critique récurrente sur le manque de coordination des états, il manque, selon lui, une composante essentielle : l’épargne massive des Européens n’est pas orientée sur l’effort de relance du vieux continent. « Il y a un excédent d’épargne de plus de 500 Mds d’euros en Europe. Or, cette épargne est essentiellement prêtée aux Etats-Unis » explique-t-il. « Les Européens financent de l’investissement et de la croissance américaine alors même que nous avons un gros déficit d’investissements dans les secteurs d’avenir en Europe ». Selon l’économiste, le plan de relance ne va absorber « que la moitié de cette épargne. Il faudrait aller plus loin, faire en sorte que davantage de cette réserve soit orientée vers des investissements stratégiques franco-allemands comme les batteries électriques ou l’hydrogène par exemple ». Autre difficulté pointée par Patrick Artus, le manque de règles claires dans la conduite du plan de relance. « Il faudrait que les politiques français comprennent qu’il sera difficile de construire une politique franco-allemande si on ne respecte pas un certain nombre de principes, chers aux Allemands ».

Budgetregeln festlegen, Vertrauen wiederherstellen

Patrick Artus en voit deux. Le premier : poser des règles budgétaires. « Nos règles sont très mauvaises. Par exemple, il faudrait ériger en règle le fait de ne pas s’endetter pour financer des déficits structurels mais pour financer des investissements structurants ». Le second sujet est celui de la confiance. « L’aversion pour la dette a plus ou moins disparue en Allemagne, mais les investisseurs allemands ont perdu confiance dans le reste de l’Europe. De la création de l’Europe à la crise des subprimes, l’Allemagne a beaucoup prêté, mais dans des crédits immobiliers qui ont conduit à des bulles spéculatives, dans des projets d’infrastructures qui ne se sont jamais vraiment concrétisés ». Pour Patrick Artus, « l’Allemagne a fait un pas important en acceptant de faire du déficit et des politiques de solidarité envers les pays les plus touchés, la France doit elle aussi faire un pas en avant en travaillant sur la gouvernance des investissements, afin de restaurer la confiance » résume-t-il.

Der Euro könnte wieder eine Referenzwährung werden

L’Europe a tout à gagner d’une plus grande convergence entre Paris et Berlin. Si tel est le cas, l’Euro comme monnaie internationale, pourrait redevenir une valeur refuge et attirer l’épargne mondiale au détriment du dollar. « Depuis l’annonce du plan de relance européen, la perception de l’Europe dans le monde s’est nettement améliorée. Et le poids de l‘Euro dans les réserves internationales, qui est tombé à 21% en 2020 contre 29 % en 2009, pourrait remonter. Cette politique d’amélioration du rôle international de la monnaie unique fait partie des politiques audacieuses que doit conduire l’Europe ».