«L’Allemagne doit changer de spécialisation industrielle»

Die Schlüsselbereiche, die den Erfolg des « Made in Germany » hervorgebracht haben, nehmen ab. Eine Neuausrichtung der Produktionsstruktur der deutschen Wirtschaft auf nachhaltige Wachstumsbereiche ist unvermeidlich. Die Neuqualifizierung von Mitarbeitern in Unternehmen wird die größte Herausforderung für das nächste Kanzleramt sein, so der Ökonom Patrick Artus.

Le niveau des coûts salariaux unitaires dans l’industrie manufacturière
Crédit : Datastream, Eurostat, Natixis

« On entend souvent que l’Allemagne serait pénalisée par sa forte ouverture aux marchés internationaux et que le ralentissement de la demande chinoise et le ralentissement de l’économie mondiale expliqueraient l’essoufflement de l’économie allemande. C’est faux ! Le commerce mondial progresse de 2% par an, cela ne peut entraîner une récession en Allemagne. Les exportations allemandes devraient progresser au rythme de la croissance mondiale, comme c’est le cas des exportations françaises (+2%/ an) » analyse l’économiste en chef de Natixis. Le “trou d’air“que traverse actuellement l’économie allemande ne s’explique donc pas par des facteurs conjoncturels mais bien par des facteurs structurels : mutation d’une économie industrielle vers une économie de services. A l’inverse de la France davantage positionnée sur des secteurs en forte croissance (aéronautique, pharmacie, agroalimentaire, luxe), les secteurs clés (automobile, chimie, biens d’équipements) qui ont fait la solidité du modèle allemand (12% des emplois) sont en décroissance sur le plan mondial. « La demande mondiale de biens d’équipements ne fait que baisser depuis 3 ans » souligne l’économiste, conseiller du gouvernement français.

«L’Allemagne n’a donc d’autres choix que de changer de spécialisation industrielle pour se réorienter vers des secteurs en croissance comme les énergies renouvelables ou l’hydrogène par exemple». Et cette réorientation nécessaire devra s’accompagner par une baisse des coûts de production, «car aujourd’hui l’Allemagne est trop chère». L’augmentation des salaires depuis une dizaine d’année, +3% par an en moyenne, renchérit considérablement les coûts de production (cf graphique) en comparaison de ses voisins européens qui pratiquent la modération salariale (France ou Espagne, notamment). En 2008, les coûts salariaux dans l’industrie étaient équivalents en France et en Allemagne. Fin 2019, ils sont 15% supérieurs en Allemagne. Selon l’économiste, une politique d’austérité salariale semble donc inévitable dans un contexte de hausse prévisible du chômage. « Pour l’instant, les entreprises allemandes n’ajustent pas encore leurs effectifs. Elles privilégient le Kurzarbeit. Cet « ajustement » fonctionne très bien sur des périodes courtes, mais si la baisse d’activité s’avère durabe, elles n’auront d’autres choix que de réduire leurs effectifs ». Tout en accroissant considérablement leurs efforts de requalification de leurs employés. Ce sera le principal défi de la prochaine chancellerie.

« Attention », nuance toutefois Patrick Artus, « l’Allemagne conserve de solides fondamentaux » que la France continue d’envier : qualité du système éducatif, compétence de la population active, capacité d’employabilité, faible taux de chômage, important niveau de dépenses R&D, taux de robotisation des entreprises deux fois supérieur à la France. Et avec un très faible endettement public (56% du Pib), contre près de 100% pour la France, il n’y a pas péril en la demeure… Paradoxalement, la France qui enregistre une croissance soutenue (1,3% en 2020 selon l’OCDE) possède plusieurs avantages structurels sur l’Allemagne : outre une spécialisation sur des secteurs en croissance, elle est en capacité de développer les services plus rapidement que l’Allemagne. « Le niveau d’emplois dans les services est plus élevé en Allemagne qu’en France mais il diminue ces dernières années, alors qu’il augmente assez fortement en France » souligne Patrick Artus. Enfin, la politique de baisse du coût du travail conduite ces dernières années commence à porter ses fruits.

Par Sylvain Etaix