Les femmes : l’angle mort de la coopération franco-allemande

Deutschland und Frankreich unterhalten enge wirtschaftliche Beziehungen. Aber ein Thema spielt so gut wie keine Rolle zwischen den beiden Ländern: die Rolle von Frauen

Céline Eheim
Crédit : © KMU Zentrale

Rares sont les pays au monde qui ont atteint un tel niveau de coopération comme la France et l’Allemagne. Les deux pays n’entretiennent pas uniquement d’intenses liens politiques depuis la signature du Traité de l’Elysée en 1963 mais les deux économies sont reliées l’une à l’autre par l’ampleur de leurs échanges commerciaux (l’Allemagne est le premier partenaire de la France, la France est le quatrième partenaire de l’Allemagne) et par la grande densité d’investissements croisés. On compte pas moins de 4000 entreprises françaises en Allemagne et 4500 sociétés allemandes en France. Mais un sujet reste curieusement presque totalement absent des débats économiques franco-allemands : la place des femmes. Cela ne joue aucun rôle dans le dialogue bilatéral, confirme t-on à l’Ambassade de France de Berlin.

„Es gibt kein gemeinsames Vorgehen“

On observe le même phénomène dans les cercles de discussion, notamment parmi les clubs d’affaires franco-allemands. « Je n’en ai jamais entendu parler spécifiquement dans le franco-allemand », confirme Céline Eheim, une Française installée depuis longtemps en Allemagne, directrice de KMU Zentrale et présidente du club d’affaires franco-allemand du Bade Wurtemberg. Ce silence est d’autant plus surprenant que les deux pays font face à des débats similaires : le rôle du sexisme, les quotas de femmes dans les directions et conseils d’administration des entreprises, le plafond de verre, les inégalités salariales, autant de sujets qui préoccupent les deux sociétés des deux côtés du Rhin.

In diesem Bereich war Frankreich einen Schritt voraus

Dans ce domaine, la France a une longueur d’avance. La loi Copé-Zimmermann adoptée en 2011 prévoyait un quota de 40 % de femmes d’ici à 2019. La loi a porté ses fruits puisque les femmes représentent aujourd’hui 45, 8 % des postes d’administrateurs selon les données collectées par Ethics & Boards. Une nouvelle loi adoptée en mai dernier par l’Assemblée nationale et qui doit encore passer devant le Sénat doit permettre d’augmenter le nombre de femmes à la direction des grandes entreprises. Elle exhorte les entreprises de plus de 1 000 salariés à une proportion d’au moins 30 % de femmes chez les « cadres dirigeants et membres des instances dirigeantes » en 2027, et de 40 % en 2030 où des sanctions seront applicables. En Allemagne, où on s’est attelé plus tardivement à ces questions, une loi de 2015 a introduit un quota de 30 % de femmes dans les conseils de surveillance des entreprises cotées en bourse et a demandé aux entreprises de se fixer des objectifs pour augmenter la part des femmes dans les directions d’entreprises. Comme le nombre de femmes restait toujours aussi désespérément bas, – elles étaient 7,7 % dans les entreprises concernées en 2017-, la loi a été réformée en 2021 et sa nouvelle mouture est entrée en vigueur en août dernier. Elle impose la présence d’au moins une femme dans les directions d’entreprises cotées en bourse et qui comptent plus de trois personnes. Dans les entreprises où l’État fédéral est actionnaire majoritaire, la règle s’applique dès qu’une direction est composée de deux personnes. Le législateur fixe également des objectifs contraignants pour le service public : d’ici à 2025 les directions devront respecter entièrement le principe de parité. Ces lois ont amorcé un changement de mentalité de part et d’autre du Rhin : on veille à ce que les femmes soient mieux représentées et ce à tous les échelons. Malgré cette actualité, les échanges franco-allemands sur cette thématique n’en sont, au mieux, qu’à leurs balbutiements. « Il n’y a pas d’approche commune, chacun avance sur ces sujets à l’échelon national », regrette Pierre Zapp, responsable du French Desk de Mazars et trésorier du cercle économique franco-allemand de Berlin…

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